J'ai vécu deux ans à New York. Une vie agréable et riche de rencontres. Jusqu'au 11 septembre. J'étais enceinte de neuf mois et peut-être raconterais-je plus tard à mes enfants, s'ils le souhaitent, ce que j'ai ressenti ce jour-là et les jours qui ont suivi. Peut-être les mots viendront-ils d'eux-mêmes : le coup de fil (de la France !) qui m'a jeté à la fenêtre, puis de la fenêtre au téléviseur; l'affreuse masse noire au-dessus de la skyline ; les boyaux qui se tordent à la pensée des malheureux piégés dans les étages des tours en flammes.
Peut-être tenterais-je de leur décrire ce sentiment singulier de mettre un enfant au monde dans un pays en guerre. Pendant quelques jours au moins, j'ai compris ce que les femmes vivaient dans certaines régions du monde : l'impuissance, la difficulté -voire la quasi impossibilité- à se réjouir d'une naissance, le rappel de deuils plus anciens, et l'angoisse de donner la vie dans un monde pareil.
Pourtant, au milieu de toute cette horreur, il y a eu un antidote, celui de l'espoir, celui de la vie à protéger, plus que jamais... mieux que jamais ! Ce sont les Newyorkais, si dignes malgré leur malheur, qui m'ont apporté ce trésor. "God bless you !" me hélaient les passants que je croisais lors de mes promenades post partum. "God bless you !" disaient-ils gravement apercevant les petits poings et les minuscules jambes qui dépassaient du porte-bébé. J'ai recommencé à sourire.
Un mois plus tard, lorsque je me suis rendue sur le site de Ground Zero, derrière les barricades qui protégeaient la tâche atroce des déblayeurs, je n'avais qu'une envie, celle de crier à ces hommes et à ces femmes qui risquaient leur santé physique et psychique au milieu de l'acier tordu, des cendres grises, des poussières d'amiante et des restes humains : "God bless you !"







