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GothamSpirit en quelques mots

  • [Gotham]
    Le surnom de Gotham City a été donné à la ville de New York par l'écrivain Washington Irving. Selon une légende médiévale, Gotham aurait été une petite cité anglaise connue pour l'excentricité de ses habitants.
  • [Spirit]
    L'esprit c'est la force vitale, le sel d'une personnalité, l'atmosphère d'un lieu, le pétillement musical, l'essence des êtres, l'âme tout simplement.

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Joel Meyerowitz : tout voir et au-delà

Jmeyerowitz2_2  Joël Meyerowitz, voilà un homme qui porte bien son nom (M-eye-rowitz). Ses photographies urbaines fourmillent de mille et un détails, comme si  l' "oeil" de l'artiste avait pour mission d'enregistrer la moindre parcelle de réalité. "Out of the ordinary" est la première exposition européenne des photographies couleur du new-yorkais. Son travail présenté au Jeu de Paume à Paris témoigne de l'apparition d'un nouveau style élaboré au cours des années 1970 à 1980. Les scènes de rue prises sur le vif sont un champ expérimental intéressant pour  la photographie couleur, jusqu'alors réservée à la publicité.

Joël Meyerowitz prend ses clichés les plus saisissants à New York. Et pour cause !Il s'y passe toujours quelque chose. C'est ce moment que le photographe attrappe au vol et dont il retransmet toute l'amplitude au spectateur. Ainsi, ses photographies de rue rassemblent un ensemble de micro-événements sans aucune hiérarchie entre les uns et les autres. L'idée de l'artiste c'est que chaque élément joue un rôle également important : "les gens dans la rue, l'architecture, l'angle de la lumière, le poids des ombres,etc." Ce que Joël Meyerowitz appelle la field photography, "le champ de la photographie".

Comme dans le réel

Petite démonstration avec « New York City 1976 », un cliché étonnant où le fourmillement humain et le caractère hétéroclite du décor créent un ensemble presque insupportable à l’œil du spectateur. C’est bien simple, il n’y a pas d’espace libre où poser son regard, pas de respiration dans le récit photographique des événements. Même le bleu du ciel est parasité par les panneaux en tout genre et par les pointes des gratte-ciel. Qui plus est, il n’y a pas vraiment de plan auquel se raccrocher : le regard glisse des personnes au centre du cliché et rebondit d’un élément à l’autre qu’ils s’agissent d’une cabine téléphonique, d’un auvent ou d’une fenêtre aveugle. Tous les détails s’interpénètrent.

Tentons néanmoins de raconter ce qui a lieu : deux hommes paraissent se télescoper. Est-ce vraiment involontaire ? Ils semblent s’échanger quelque chose. Leurs mains sont encore tendues l’une vers l’autre, mais déjà le premier reprend son chemin. Un troisième est à moitié retourné comme s’il avait un lien quelconque avec les deux autres. Mais est-ce le cas ? A côté d’eux, un papy à grosses lunettes noires et chapeau mou avance en fumant son cigare… Un peu plus loin, en retrait, un homme distribue des papiers. Sur un côté, plusieurs personnes indifférentes à la scène poursuivent leur chemin.

Seule une jeune femme, assise près d’une cabine téléphonique, tourne la tête en direction du spectateur. Hasard ou pas ? Perçoit-elle que le photographe saisit quelque chose qu’il ne devrait pas voir ? L’observe-t-elle parce qu’elle trouve son geste incongru dans une rue banale au milieu de la foule habituelle ? Ou bien est-ce un regard qui n’en est pas un, un de ces regards qui s’absentent ? Nous n’en saurons rien.

En contemplant cette photographie sur grand format, le sentiment d’être présent au milieu de la scène est très fort. Il est accompagné d’émotions variées et contradictoires. Comme dans le réel où il arrive parfois que trop d’informations visuelles ou sonores submergent l’individu. C’est à peu près ce qui se passe là.

L’énigme de la jeune femme aux guêtres

102_empire_state_series_newyorkcity_1 « Empire State Series 1978 » : voilà une autre photographie passionnante. Au premier abord, elle véhicule poésie et trivialité dans le même espace. Toute l’image baigne dans une lumière dorée : l’Empire State brille comme un soleil, les briques des immeubles sont d’un rouge profond. Il y a peu de monde dans les rues ; un homme s’éloigne dans un mouvement flouté ; peu de voitures aussi. Il est probablement très tôt le matin. A l’angle de la rue, il y a un Deli’s. Et devant le magasin, une jeune femme. On ne sait pas très bien si elle attend là depuis longtemps ou si elle s’arrête une seconde avant de traverser la rue. Son visage est fin. Ses cheveux blonds sont relevés en chignon. Elle porte une robe-tablier à manches courtes d’un vert cru, bien caractéristique des années 1970, des chaussures ouvertes et un sac en bandoulière. Cette jeune femme se rend à son travail, pense-ton.

Pourtant, il y a un détail qui cloche. Des guêtres en laine enserrent ses chevilles. Le reste de l’habillement suggère pourtant que le cliché a été pris en été.  Diable ! L’excentricité des New-yorkais est connue... voyons, à quoi font penser des guêtres sur une jeune femme à chignon ? … A une danseuse ! Et bien, avec un peu d’acuité visuelle, le spectateur pourra entrapercevoir, cachée dans l’ombre derrière le sac de la jeune femme, une paire de chaussons suspendus par leurs lanières.

Très bien, l’énigme est résolue. Mais il reste encore à comprendre la portée symbolique de ce cliché. Cette jeune femme dégage une douceur presque romantique, une fluidité aussi. Ses déplacements sur scène comme dans la rue lui confèrent une dynamique. Elle est environnée de symboles virils tels que l’Empire State en arrière-plan ou les bananes dans la devanture du magasin (bonjour Freud !). Statiques et massifs, ces symboles indiquent la permanence. C’est malicieux de la part de Meyerowitz. Mais surtout, c’est très bien vu. Car, voilà représentée l’âme de New York, ville dans laquelle les énergies masculines et féminines se mêlent, parfois avec douceur, parfois avec férocité. La créativité n’est pas le privilège de l’une ou de l’autre, elle résulte de leur union. C’est ce que donne à voir cette photographie.

Bénédicte Grange

A propos de l'exposition :

115 photographies réalisées entre 1971 et 1980 sont présentées au Jeu de paume. Outre, les scènes de rue, d'autres genres ont été explorés par l'artiste tels que le portrait et le paysage. Dans cette dernière catégorie, la série sur les piscines de Floride frappe par l'impression de désolation et de tristesse qui se dégage de ces lieux une fois désertés par la foule. Les vues prises à Provincetown sont, quant à elles, marquées par une poésie délicate. Cette série se clôt avec "Bay/sky 1980", une vision qui confine à l'abstraction. Une pure merveille !

Informations pratiques :

“Out of the Ordinary”, jusqu’au 24 décembre à l’Hôtel de Sully, 62 rue saint-Antoine, 75006 Paris ; Renseignements : 01 47 03 12 50.

Copyright photo Joël Meyerowitz.

Copyright texte Bénédicte Grange, Tous droits réservés, 2006.

Commentaires

Juste pour dire que votre blog est superbe, merci !
TR

Merci à vous pour ce commentaire enthousiaste !!
Et merci à tous mes premiers lecteurs sur ce site... vous avez été une quarantaine en septembre pour le lancement du blog, une centaine en octobre. Alors continuez de le visiter et de me faire part de vos remarques... they are so welcome !

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