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GothamSpirit en quelques mots

  • [Gotham]
    Le surnom de Gotham City a été donné à la ville de New York par l'écrivain Washington Irving. Selon une légende médiévale, Gotham aurait été une petite cité anglaise connue pour l'excentricité de ses habitants.
  • [Spirit]
    L'esprit c'est la force vitale, le sel d'une personnalité, l'atmosphère d'un lieu, le pétillement musical, l'essence des êtres, l'âme tout simplement.

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"C'est une ville de Baudelaire"

Gracqdekisspf "L'inhumanité de New York me rendait presque hagard" : ainsi commence le fragment des Lettrines 2 que Julien Gracq consacre à la métropole. Le ton est donné. Chantre des paysages, l'homme de lettres est aussi un arpenteur inlassable des cités. La forme d'une ville, rêverie poétique sur la géographie urbaine, est  entièrement consacrée à... Nantes. Venise a fait ses délices et Rome ne lui a pas déplu. Même Chicago trouve grâce à ses yeux, peut-être en raison de son implantation lacustre et de ses lacis de canaux. Mais New York, non. - Pas assez de verdure ? -. Le 22 décembre dernier, Julien Gracq a rejoint d'autres rivages.

"L'inhumanité de New York, pendant les quelques jours que j'y ai passés, me rendait presque hagard. J'étais logé au onzième étage d'un hôtel de la 7ème Avenue, entre Madison Square et Times Square. La nuit, quand j'avais cessé de regarder le match de base-ball de la télévision, je voyais par ma fenêtre la pointe de l'Empire State Building, tout irradié d'un blanc d'argent par-dessus les toits ; dans les alvéoles éclairées de la falaise d'en face (l'Amérique semble largement ignorer le rideau) j'apercevais des hommes dans leur lit qui tournaient les pages d'un journal avant de s'endormir, répétant d'étage en étage la même image à la verticale, à peine décalée, comme le rush d'un film qu'on regarde par transparence contre la fenêtre ; des barrissements sauvages déchiraient sans arrêt la jungle éveillée de la ville. Le jour, une fois lâché dans la rue, il ne restait qu'à marcher jusqu'à l'épuisement ; nul lieu où jeter l'ancre : les bars en fer à cheval avec leur couronne humaine bombillante et brusquement immobilisée sur les tabourets vissés me soulevaient le coeur, comme les Aborte du camp d'Hoyerswerda les jours de diarhée. La foule à midi giclait des portes des gratte-ciels dans la rue ainsi que par les fentes d'un pressoir. Pas d'arbres, nulle verdure ici : c'est une ville de Baudelaire, purgée du végétal irrégulier, où le soleil cogne nu et fait bondir à coups de masse la colonne de mercure dans le thermomètre géant de Times Square (...)"

"Leur couronne humaine bombillante" : l'expression est intéressante,  Il y a du vrombissement et du tourbillonnement là-dedans, l'expression d'une activité frénétique, évocation proche de celle des insectes ailés au-dessus d'une fosse à purin. Parce qu'il est bien question de cela ici. La ville "baudelairienne" est celle de la beauté à extraire de la laideur, de la puanteur et de la décomposition. C'est une ville infernale. La touche gracquienne, c'est le raccourci des images, "le thermomètre géant de Times Square", et l'invention de ce mot évocateur "bombillante". Je l'ai cherché dans le Littré et ne l'ai point trouvé.

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