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GothamSpirit en quelques mots

  • [Gotham]
    Le surnom de Gotham City a été donné à la ville de New York par l'écrivain Washington Irving. Selon une légende médiévale, Gotham aurait été une petite cité anglaise connue pour l'excentricité de ses habitants.
  • [Spirit]
    L'esprit c'est la force vitale, le sel d'une personnalité, l'atmosphère d'un lieu, le pétillement musical, l'essence des êtres, l'âme tout simplement.

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L'homme qui tombe de Don DeLillo

DelilloLe 11 septembre et ses conséquences sur une famille éclatée, tel semble être le thème de L'homme qui tombe de Don DeLillo. Ecrivain new-yorkais reconnu, Don DeLillo a attendu quelques années avant de se lancer dans la rédaction de cette fiction dont l'un des protagonistes appartient à la catégorie des survivants de la catastrophe. Pas d'ellipse ici, mais, par un jeu de reconstruction, le déroulement complet de la journée fatidique n'apparaît que bien plus tard.

Autant le dire, ce roman est froid comme un glaçon. L'auteur a tellement voulu éviter l'écueil du pathos que les êtres paraîssent enfermés, presque en circuit automatique, sans vraie connexion entre eux. Parents, enfants, amants, maitresses, amis, tous subissent leur souffrance sans espoir d'arriver à la partager et se réfugient parfois dans la violence pour l'exprimer. L'absence d'émotion un tant soit peu affectueuse est assez dérangeante mais, après tout, elle contribue à donner une idée de la suffocation qui saisit les personnages.

Alzheimer en métaphore

Le vrai thème de la fiction se révèle être la dissolution de la mémoire : Keith, le survivant, tente de recouvrer une partie de ses souvenirs.  Il lui manque une assez longue séquence, de l'impact qui le précipite dans les escaliers de l'une des Twin Towers à ses premiers pas dans une rue noire de cendres. Dans les semaines qui suivent, une partie de ses efforts visent à reconstituer ces instants.

Son ex-femme, Lianne, chez laquelle il trouve refuge, anime un atelier d'écriture qui accueille des malades atteints par Alzheimer. La santé des participants se dégradant au fil des pages, la "première fois" est évoquée, ce moment où le sujet tente vainement de retrouver ses repères : "c'était un événement qui hantait Lianne, ce moment qui coupe le souffle, où les choses s'effondrent, les rues, les noms, le sens de l'orientation et de l'endroit où l'on se trouve, toutes les cases bien établies de la mémoire".(P.188) Cette phrase est, ni plus ni moins, la description du chaos qui a suivi l'effondrement des deux tours.

Une métaphore se dessine : Le 11 septembre serait-il  la conséquence d'un Alzheimer qui rongerait les Etats-Unis ? C'est une conclusion que je ne partage pas personnellement mais la construction du roman amène nécessairement à se poser la question.

L'illusion du vide

Ce n'est pas un hasard si Keith retrouve la mémoire à Las Vegas alors qu'il est devenu un joueur de poker professionnel. Las Vegas, la ville au milieu du désert, perçue comme clinquante, futile, l'univers du vide. Et ce n'est pas un hasard non plus, si Martin, un personnages au passé sulfureux, un européen, affirme : "Il y a un espace vide à l'endroit où était l'Amérique".

L'Amérique aurait-elle perdu la mémoire de ses origines ? Sa conception unique de la liberté ? D'elle, le reste du monde ne percevrait plus qu'une surface, " ce monde de pelouses à arroser et de quincaillerie empilée sur d'interminables rayonnages". Tragique illusion qui éclaire les paroles du terroriste dépeint dans le roman : "Jamais nous n'avons détruit une nation dont l'existence n'avait pas de terme préassigné au préalable".

Petite question à l'éditeur : pourquoi avoir choisi une photo de Chicago en couverture ? On y reconnaît la Hancok Tower... les  amoureux de New York se sentent un peu trahis...

Bénédicte Grange

Copyright  Photo : Steven L.Raymer, national geographic/Getty Images

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