Pierre Soulages a été l'un des tout premiers peintres français contemporains à voir ses oeuvres accueillies et reconnues à New York. Et cela immédiatement après la seconde guerre mondiale, alors qu'en France il est longtemps resté ignoré du monde artistique et méconnu du grand public. Son immense talent a été enfin célébré lors d'une rétrospective au Centre Georges Pompidou à l'été 2010.
En 1947, lorsque Pierre Soulages présente ses oeuvres au Salon des indépendants à Paris, il ne remporte pas un franc succès ! Voici ce qu'il en dit lui-même : "Si ma peinture a été remarquée d'eux [ les autres peintres ] et du public , c'était non pour les qualités qu'elle pouvait avoir , mais parce qu'elle apparaissait comme une tache de noir dans une débauche de couleurs. Vous savez, la peinture que l'on voyait à Paris, en 1947, était très colorée".
Un conservateur newyorkais frappe à sa porte
C'est à l'étranger que les expérimentations de Pierre Soulages vont d'abord être remarquées. Dans le cadre d'une exposition de peinture abstraite organisée dans une Allemagne en ruine, l'une de ses peintures au brou de noix est sélectionnée afin d'illustrer l'affiche de l'exposition. Elle attire l'oeil d'artistes et galleristes Allemands, Danois et Américains qui cherchent à rencontrer l'artiste français. Un dialogue s'instaure entre Pierre Soulages et ses premiers admirateurs.
Un beau jour, un conservateur américain frappe à sa porte. Il s'appelle James Johnson Sweeney, travaille au MOMA (Museum of Modern Art de New York) et l'introduit dans les milieux de la peinture newyorkaise. En 1952, le MOMA achète une toile à Pierre Soulages. C'est la consécration !
Un critique du New York Times écrit en 1955 : " Pierre Soulages est le brillant défenseur d'une forme assez "pure" pour les puristes, qui n'exclut pas pour autant l'émotion et même le lyrisme. Lumineuse obscurité de ses chatoyantes et majestueuses compositions... leurs accords noir et bleu, se croisant et s'entrecroisant à travers des royaumes de lumière enfumée, établissent des harmonies aussi décisives, claires et solennelles que la dramaturgie d'une pièce de théatre française ou la structure sonore d'une fugue de Bach "
Et en France ? Pierre Soulages demeure un marginal incompris car il ne se rattache à aucun courant. Quelques rares expositions font parler de lui, dont une première exposition au centre Georges Pompidou en 1979, mais il faut la retrospective 2010 pour que sa peinture et son génie soient enfin salués au niveau national et connus du grand public.
A tout seigneur, tout honneur. Le mot de la fin revient au peintre : "En matière d'art, je ne connais qu'un principe, l'isolement. Je ne crois pas aux mouvements, absolument pas. Voyez l'impressionisme, archétype du mouvement artistique, dit-on. Ce qui nous intéresse en lui aujourd'hui, c'est ce qu'il y a d'irréductible dans Monet, son irréductible, qui ne se confond pas avec celui de Pissaro ou de Degas. Or seul importe ce qu'une oeuvre a d'irréductible. Ce qui est commun à plusieurs est sans intérêt (...) Ce que je sais, à l'inverse, c'est qu'il faut sans cesse être attentif aux francs-tireurs et aux marginaux, attentif à tout ce qui échappe aux définitions limitatives. Si j'ai une leçon à tirer de ce que j'ai connu et fait, ce serait une leçon d'individualisme. Même pas une leçon : une profession de foi. Rien ne se fait que de cette façon : en demeurant irréductiblement soi-même."
Les citations de Pierre Soulages sont extraites de l'interview qu'il a données à Bernard Ceysson en 1979.
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